Quel est ton parcours ?

Je surfe depuis que j’ai environs douze ans. J’ai bossé pas mal de temps avec une école de surf montée par un pote. Je donnais un coup de main, j’accompagnais les moniteurs et les jeunes licenciés. Jusqu’au jour où j’ai décidé de passer mon brevet d’état. J’avais 18 ans. Depuis j’enseigne.

 



Que penses-tu de l’UCPA ?

C’est super cadré. Au début c’était un peu déstabilisant parce que je n’avais pas l’habitude de travailler avec une structure aussi bien organisée, mais au final on y est bien formé et le mode de fonctionnement est rassurant. Rien n’est laissé au hasard.

 

Tu enseignes le surf aux 13-15 ans, que penses-tu de cette tranche d’âge ?

J’ai commencé le surf tout seul. Je faisais des kilomètres en vélo, puis à pied dans le sable avant de prendre les vagues, livré à moi-même. Aujourd’hui j’ai l’impression que les jeunes arrivent en songeant que tout va être facile. Du coup je ne peux m’empêcher de les faire réfléchir un peu, pour leur faire prendre conscience de la richesse et de l’histoire du surf. Pour réussir il faut essayer, s’entraîner, s’obstiner un peu.

 

Et ça marche ?

En cinq demi-journées de pratique certains arrivent à bien s’éclater. Avec de bonnes vagues, on arrive facilement à permettre à chacun de glisser debout rapidement, pour la plupart dans les 2 premières séances, lorsque les vagues le permettent. Donc je pense que ça marche, en effet.

 

Tu as une technique en particulier ?

Le surf tandem est une technique parmi d’autres, mais elle fonctionne assez bien. En fait il s’agit d’une planche de surf pouvant accueillir deux personnes. Lorsque les conditions le permettent, j’accompagne le stagiaire dans son approche de la discipline, en lui montrant comment ramer, quand se lever et comment trouver son équilibre. Ca permet également à l’élève de sentir le moment où la vague le porte, pour mieux l’appréhender seul.

 

Comment abordes-tu la pratique du surf avec ces jeunes ?

Au début je les fais surtout appel à leur ressenti, leur perception, et leur expérience personnelle de l’océan et des vagues si elle existe. Je commence rarement par de la technique « brute ». De toute façon la progression est individuelle, donc mes conseils le sont aussi, selon le niveau du stagiaire, sa force physique et son envie de réussir. Dès le premier jour, j’aborde des sujets concernant l’environnement de la pratique en leur décrivant la forme de nos côtes, les courants locaux, le fonctionnement d’une dune ou d’un banc de sable. Il est important qu’ils comprennent le fonctionnement d’une plage et des vagues qui y déferlent avant les techniques du surf, d’autant plus que certains n’ont jamais vu l’océan avant…

 

L’environnement est un point essentiel ?

Surf rime avec environnement. Tu jettes un papier dans l’eau et un dauphin le prend pour un aliment naturel. Imagine la suite... La pollution est un désastre pour notre planète et l’océan en fait les frais. Selon moi, un vrai surfeur est avant tout un curieux des systèmes naturels qui l’entourent. En général il les connaît et sait les expliquer à d’autres (dunes, baïnes, plage, vagues, marées). Et puis la connaissance de l’environnement permet également d’être plus en harmonie avec ce qui nous entoure. J’insiste beaucoup durant les stages sur les difficultés entraînées par les marées, mais également sur l’analyse des vents, les configurations des vagues, leur impact sur la planche... Tout est lié.
Les jeunes réussissent-ils mieux que les adultes ?
Les jeunes comprennent et « sentent » plus vite en effet, ils ont moins d’inhibitions, même s’il ne faut pas en faire une généralité. Je remarque plutôt une différence entre les filles et les garçons. Les premières écoutent et sont plus attentives aux règles de fonctionnement du groupe et du milieu tandis que les garçons foncent tête baissée sans toujours prendre conscience des risques et des contraintes. Il faut bien souvent rappeler les choses plus souvent, mais ça se passe toujours très bien.

 

Et pour ceux qui baissent les bras… ?

S’ils se découragent je leur propose d’essayer le bodyboard. Le tout est qu’ils s’éclatent. Si ça ne marche pas avec le body, je réessaye avec le surf et souvent ça passe mieux. Le surf, c’est un dialogue. Il faut communiquer avec les vagues pour bien les utiliser. Et quand ça commence à fonctionner enfin, on fixe l’enchainement pour le reproduire une fois, deux fois, et ainsi de suite. Ensuite, c’est que du bonheur.

 

Propos recueillis par Magali LAURENT